En maux et en images, une formation citoyenne pour tous
Dans le cadre du Parcours Citoyen, le Collège Jean-Jacques Rousseau a eu le plaisir d’accueillir du 30 mars au 3 avril dernier les éducateurs spécialisés du service de prévention éducative du Conseil Départemental. Répartis en deux équipes d’âge variable pour diversifier les approches, les intervenants ont présenté à chacune des classes de Cinquième l’exposition « Stop à la discrimination ».
Sur des panneaux rappelant la plume acerbe de Cartooning for Peace, des slogans percutants accompagnés de dessins pour s’exprimer au-delà même des mots, dénonçaient l’absurdité et l’injustice de la discrimination, quelle que soit sa forme. Dans un cadre d’échange convivial prônant le respect de tous, les élèves ont été invités à donner leur avis et s’écouter les uns les autres sans jugement, dans une optique de libération de la parole. Même si les intervenants ne travaillaient qu’avec les classes de Cinquième, l’exposition est restée au CDI jusqu’au vendredi 3 avril, pour que chaque élève (et adulte !) puisse venir la voir librement et en apprécier toute la pertinence. Se trouver face à face avec ces mots et ces dessins permet de déconstruire les préjugés ancrés dans l’imaginaire collectif, et s’interroger sur nos propres représentations et rapport aux autres.
Mots croisés, maux mêlés
Il s’agissait donc d’abord pour les intervenants de faire émerger la notion de discrimination : les élèves se sont montrés très volontaires et actifs pour définir ce qui est, comme l’a dit très justement un élève, “un mythe pour se donner le droit de juger les gens”. Le premier panneau présenté par les intervenants présentait sous forme de mots croisés pour signifier les liens et raccourcis abusifs existants, toutes les raisons infondées qui prétendent justifier la discrimination. Les éducateurs se sont appliqués à mettre à mal chacune d’elles, en y opposant des arguments logiques prouvés scientifiquement. Ainsi, une étude scientifique de grande envergure démontait l’argument du « contre-nature », discours de haine envers la communauté LGBT+, tandis que l’explication génétique des différents métabolismes humains démontrait l’absurdité des attaques sur le physique. D’autre part, les élèves ont été plongés dans le quotidien extrêmement difficile d’un camarade porteur de handicap moteur, pour lequel le manque d’aménagements adaptés dans le mobilier urbain et au collège se fait bien trop sentir. Ces mots et regards croisés sur les préjugés mettaient aussi en évidence l’origine sociale et le genre, qui comptent parmi les autres prétextes malheureusement trop nombreux à la discrimination. Les jeunes citoyens ont pu ainsi mettre des mots sur des injustices qui ne disent pas leur nom.
Les élèves ont ensuite été confrontés à des slogans « coups de poing » sur les autres panneaux, symbolisant la violence que peuvent ressentir tous celles et ceux qui sont victimes de discrimination, tels que “Ma vie privée ne regarde que moi” ou “Pas besoin de regarder la télé, pour eux, c’est Koh Lanta tous les jours”, faisant référence au quotidien des personnes porteuses de handicap. Les élèves de Cinquième ont pu apprehénder les conséquences physiques et psychologiques extrêmement lourdes que peut porter la discrimination, jusqu’aux fins les plus graves : un des panneaux déclarait en effet très justement que “des deux côtés de la balance, les mots peuvent tuer”. En outre, un groupe d’intervenants a plongé les élèves dans le quotidien de personnes harcelées au travers de lectures d’insultes réelles entendues dans la rue. Et avec l’autre duo d’éducateurs, ce sont les élèves eux-mêmes qui ont pu jouer ces dialogues et prendre encore davantage conscience de la force destructrice des mots.

Abattre le mur des préjugés
En fin d’heure, les élèves ont été invités à observer le “mur des préjugés” qu’il faut apprendre à détruire tous ensemble pour parvenir à le surmonter. Tout en haut y trône, peinte en bleu, la célèbre devise issue de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 « tous les hommes naissent libres et égaux en droits ». Et sur le panneau, contrastent avec cette phrase de manière saisissante clichés et idées reçues sans fondement fortement ancrés dans l’imaginaire collectif, écrits en rouge comme autant de blessures, tels que : “les chômeurs ne veulent pas travailler”, “tous les coiffeurs sont gays”, “Arabe = voleur”, “femme au volant, mort au tournant”, “Islam = terroriste” ou encore “Les hommes ne savent pas faire la cuisine”. Les éducateurs ont pris soin de déconstruire chacun d’eux auprès des élèves choqués par de tels clichés, en expliquant l’origine de ces clichés et toutes les représentations absolument fausses qui ont pu en découler. Dès lors, les élèves ont identifié la force destructrice du groupe dans la discrimination, qui appelle à une lutte collective citoyenne.
Le débat citoyen était en effet à l’ordre du jour : les élèves ont eu l’occasion de réfléchir à des questions posées par les animateurs, comme « le handicap est-il toujours visible ? ». Cela a été l’occasion de présenter des lois en faveur de l’inclusion des personnes handicapées, mais force est de constater que cette loi pourtant vieille de 21 ans n’est pas appliquée sur tout le territoire, comme l’a rappelé un intervenant. À partir de là, que pouvons-nous faire à notre échelle pour lutter contre les discriminations ? En effet, nul besoin de loi pour porter au quotidien notre responsabilité collective, développer une lucidité, une empathie et une « clairvoyance d’esprit » : changer le regard quotidien sur le handicap, ne pas l’attirer sur la différence, est une mission que l’on peut porter dès le plus jeune âge.
La force du dialogue
Aussi le dialogue était-il primordial dans le cadre des interventions. Les intervenants comme les élèves ont beaucoup insisté sur la force que l’on peut tirer des différences, à la manière du percussionniste camerounais Manu Dibango cité par un des intervenants, qui tirait sa force des instruments issus de régions du monde très diverses. Le lien entre la lutte contre les discriminations et la santé mentale était clair. D’ailleurs, les intervenants ont distribué en fin d’heure des brochures destinées aux élèves : en cas de besoin, le service de prévention spécialisée, adressée aux jeunes de 11 à 21 ans vous accueillera à Creil et vous y recevra du lundi au vendredi de 9h à 12h, et de 14h à 17h. Si vous vous sentez victime ou témoin de discrimination dans votre vie quotidienne, ne restez pas seul(e) et parlez-en à ces interlocuteurs de confiance !

Mais alors, que retenir de cette exposition ? À la manière de l’équipe de France représentée sur une des affiches, jouez collectif ! Portez fièrement vos différences et utilisez-les ensemble au service de tous. Continuez, comme le recommande un des intervenants, à vous battre au quotidien comme vous le faites, à faire preuve d’esprit critique et à refuser toute forme de stigmatisation envers vous-même ou envers autrui. Une nouvelle devise quotidienne, accessible à tous, qui s’inscrit pleinement dans la continuité de la journée de sensibilisation aux troubles du spectre autistique ce vendredi 7 avril.
Elise DELOUARD, stagiaire de M. DELEPINE